Conférence de Paris du 8 et 9 novembre 2025
Intervention de Benoit Odille, membre de Solidarité & Progrès
A la suite de mes collègues, et comme un exemple concret d’économie physique, je parlerai du projet de tunnel sous le Détroit de Béring qui a suscité un regain d’intérêt dernièrement au plus haut niveau lors de la rencontre Trump-Poutine en Alaska, et qui fait partie depuis longtemps de notre projet de « Pont terrestre mondial. » [dont le projet chinois des Nouvelles routes de la soie est une amorce.]
A titre personnel, je me souviens très bien quand j’en ai entendu parler pour la première fois, en 2008, grâce aux militants de Solidarité & Progrès, et j’ai tout de suite pensé que c’était révolutionnaire. Pourtant je me destinais à être ingénieur en aéronautique, donc pour les avions pas pour les trains. Mais j’ai pensé avant tout à la possibilité de relier les hommes et d’améliorer leurs conditions de vie.
Avant de parler de mon sujet, je voudrais revenir sur un point que j’ai abordé lors du cycle de formation sur l’économie physique, au mois de mars de cette année.
Un concept central de l’économie physique selon LaRouche est ce qu’il a appelé la « plateforme économique ». Chaque stade de l’évolution humaine est déterminé par un ensemble de technologies avec un certain degré de moindre action, d’efficacité pour le dire simplement, porté par une source d’énergie avec un certain degré de densité de flux d’énergie, de puissance pourrait-on dire.
Cette illustration représente les différentes plateformes économiques de l’histoire humaine, on y voit l’ensemble technologique cohérent qui permet, à chaque période, de supporter le niveau de vie des êtres humains.
On distingue également la source d’énergie principale qui sous-tend un stade donné de développement : le bois, le vent, l’eau, le charbon de bois, le charbon, le pétrole, le gaz et enfin le nucléaire.
Toutes ces sources d’énergie sont de plus en plus denses, de plus en plus compactes. Elles ont nécessité chacune, pour être exploitées, des découvertes fondamentales qui remettent en cause les notions précédentes. Leur application à travers la technologie a également remis totalement en question les pratiques précédentes et changé l’efficacité globale de l’économie.
La succession des plateformes s’est faite de façon discontinue mais a eu un impact de croissance continue de la capacité d’accueil de notre planète, en nombre d’êtres humains et en qualité de vie.
Voilà le moteur du développement humain, et l’on voit qu’il est en tout point cohérent avec ce qui a été dit sur Gödel et le principe d’incomplétude.
Ceci posé, on peut en revenir à notre idée de tunnel sous le Détroit de Béring. En quoi ce projet est-il une plateforme de moindre action pour l’humanité ?
L’idée n’est pas neuve. Le premier projet a été imaginé sous Lincoln aux Etats-Unis, avec le gouverneur William Gilpin, qui proposa en 1890 une liaison ferroviaire intercontinentale, incluant un tunnel sous le détroit. L’Alaska avait été vendu par la Russie aux États-Unis le 30 mars 1867.
Du côté russe, c’était le temps du chemin de fer Transsibérien de Sergueï Witte.
En 1902, l’ingénieur français Loïc Lebel obtient l’autorisation du gouvernement russe d’étudier la faisabilité d’un tunnel ferroviaire sous le détroit. Le tsar Nicolas II donne un accord provisoire en 1905, mais le projet est abandonné en 1907 en raison de l’instabilité politique et des craintes d’ingérence américaine.
À l’époque, la France était engagée dans de grands projets d’ingénierie, comme le canal de Panama, mais le projet de Lebel pour le détroit de Béring n’a pas bénéficié d’un appui gouvernemental ni d’un financement public.
L’idée ressort au début des années 60, pendant la Guerre froide, sous le nom de « Pont de la Paix mondiale Kennedy-Khrouchtchev », selon des documents soviétiques exhumés récemment par les Russes : « Could and should be done ! »
Lyndon LaRouche en parle dès 1978, mais le projet prend une place beaucoup plus importante à partir de 1997, avec la campagne pour le Pont terrestre mondial, puis en 2007, lors d’une conférence internationale de l’Institut Schiller où des ingénieurs comme Hal Cooper et Georges Kumal proposent des études de faisabilité technique convaincantes, dont j’ai tiré les quelques illustrations suivantes.
Très récemment, le projet est revenu sur le devant de la scène lors de la rencontre Trump-Poutine à Anchorage, en Alaska. L’envoyé spécial du Kremlin, Kirill Dmitriev, a appelé à la construction conjointe d’un « tunnel Poutine-Trump », et le président Trump a qualifié la proposition d’« intéressante » et dit qu’il y réfléchirait.
Les Russes ont commencé l’étude de faisabilité vers avril 2025.
On a donc un projet qui pourrait faire partie d’un plan de paix entre les deux plus grandes puissances nucléaires du monde.
Étudions ce projet du point de vue de l’économie physique.
Avant toute chose, je voudrais vous faire comprendre les contraintes physiques qui vont se poser.
Le thermosiphon est un système de circulation des fluides (gaz ou liquide) mis au point par Jean-Simon Bonnemain au XVIIIe siècle, basé sur la dilatation-contraction et la poussée d’Archimède. C’est un système de chauffage (ou de refroidissement) dans lequel la circulation de l’eau est assurée par des différences de température.
Il existe déjà des exemples de solutions :
Le givrage des trains et des rails serait un risque majeur :
Solutions techniques existantes :
Exemples concrets :
Que va-t-on faire dans cette galère ? Il va nous falloir beaucoup d’ingénieurs et de techniciens !
L’économie physique n’oublie pas les humains, qui sont sa raison et son but. Ainsi, il faudra prendre en compte sérieusement les besoins des populations autochtones de Sibérie et d’Alaska, pour les intégrer dans le projet sans piétiner leurs coutumes, leur économie locale et leurs sentiments.
A ce titre, j’ai regardé le documentaire « The Strait Guys » (Les gars du Détroit) où l’on peut voir Georges Kumal, Scott Spencer et Viktor Razbegine rendre visite aux populations d’Alaska et de Russie, et c’est assez émouvant. Je vous le recommande. C’est juste 10$.
J’ai commencé par les contraintes, parce que c’était plus marquant et qu’on les oublie un peu trop souvent. Mais tout projet d’économie physique doit en premier lieu se demander si l’on va atteindre une plateforme de moindre action meilleure que la précédente. Va-t-on changer la géométrie de l’économie ? Va-t-on courber l’espace-temps économique vers une meilleure efficacité, une meilleure productivité du travail humain ?
Regardons de plus près.
Pour Helga Zepp-LaRouche :
Il est vrai que les ressources sont immenses en Sibérie et en Alaska. Outre le pétrole et le gaz, on y trouve de nombreux minerais qui pourraient trouver une destination vers d’autres parties du monde où ils seraient intégrés dans des technologies. L’efficacité du chemin de fer par rapport à la route en fait un principe de moindre action. On économise des efforts.
Comparaison TRAIN vs BATEAU-CARGO : si on prend l’autre moyen « concurrent » qu’est le bateau, on voit aussi, quand on prend la carte depuis le pôle Nord, qu’avec une Terre ronde, il est plus rapide de passer par le Détroit que de traverser tout le Pacifique. Même si la logistique terrestre a aussi ses inconvénients.
Mais l’avantage du train sur le bateau (ou l’avion), c’est qu’il irrigue tous les territoires à travers lesquels il passe. Autour de ces corridors de transport se développeront des villes nouvelles, des centres industriels, des centres culturels et scientifiques, et tout un habitat humain en région hostile.
On y fera passer la fibre optique et l’électricité, pour tous les artisans, PME et grandes entreprises qui viendront s’installer.
La mise en place du nucléaire de 4e génération permettra d’avoir des réseaux de chaleur à moindre coût et de combattre les rudesses du climat.
Selon Victor Razbegin, économiste et ingénieur russe, ami de Georges Kumal et co-fondateur en 1993 du Groupe interhémisphérique pour le tunnel et le chemin de fer du détroit de Béring,
Si ce n’étaient que ces avantages, ce serait déjà bien. Mais l’économie physique pense encore plus loin.
Et cette vision est développée dans l’article de Yves Paumier, notre ingénieur maison chez S&P, sur le tunnel sous Gibraltar, que je vous recommande de lire absolument.
Yves nous explique que, non seulement le projet en lui-même apportera des richesses à toute l’humanité, mais qu’il nécessitera de créer de nouvelles technologies qui serviront de rampe de lancement pour la prochaine plateforme d’économie physique.
Deux innovations sont intéressantes à détailler :
Je vous laisse découvrir les autres dans son article.
C’est comme cela qu’il faut anticiper en économie physique. Toujours penser au prochain stade de l’évolution humaine et le préparer.
Je finirai en paraphrasant les mots de Viktor Razbegin :
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