Le pouvoir des mots - Les Ateliers du Verbe

Oh le joli "MOIS" de "MAI"

jeudi 28 mai 2026

Par Maëlle Mercier, enseignante indépendante

Chroniques publiées sur la page facebook Le pouvoir des mots - Les Ateliers du Verbe

Chronique du verbe du 1er mai

Aujourd’hui, nous fêtons la Fête du travail ; en même temps, nous entamons un nouveau mois. L’occasion, je l’espère, de démarrer un nouveau cycle...

Aviez-vous remarqué, en ces temps de ciel clair, que la Lune elle-même était sur le point d’entamer le sien ? Eh oui : en ce 1er mai, la Lune est pleine. A la base, cela n’a rien d’une coïncidence. Rappelez-vous ma chronique sur l’étrange origine du mot « Décembre » : notre calendrier, hérité des Romains, fut originellement calculé sur les cycles lunaires.

C’est la raison pour laquelle notre mot « mois » signifie originellement... « Lune ». Eh oui.
D’abord il provient de « mensis » (« mois ») en latin. Ce même mot signifiait aussi « menstrues » (« menstruation ») – lesquelles, comme chacun sait, sont bel et bien calées sur les mêmes 28 jours que le cycle lunaire...

En #grec, on disait « μήν » (« mèn ») pour dire « mois ».
Et... « μήναϛ » (« mènas ») (ou « μήνη » : « mènè ») pour dire « Lune » !
« Mήν » (« mèn »), mois … « μήνη » (« mènè »), Lune.

On n’est pas obligé de remonter si loin pour prendre conscience de certaines choses. Parfois, dans mes cours de Français, je m’amuse avec mes élèves à naviguer vers d’autres langues actuelles, pour mieux leur faire appréhender la nôtre. Ici le jeu s’y prête : l’anglais ne dit-il pas « month » pour « mois » et « Moon » pour « Lune » ?

Mais, me direz-vous : en français, le mot « Lune » n’a rien à voir avec le mot « mois » !
C’est exact. Et ce sera l’objet de ma prochaine chronique.

En attendant, je vous souhaite un très joli mois de mai : qu’il soit printanier, fécond, plein de renouveau et de légèreté (il en faut, hein, pour affronter notre monde si lourd !).

Et je ne crois pas si bien dire : « Mai » devrait son nom, chez les Romains, à la déesse primitive « Maia », assimilée à la Terre, et incarnant la fertilité et la croissance.

Je vous souhaite aussi d’admirer, dans la fraîcheur du soir qui tombe, la Pleine Lune. Et de vous dire que malgré les frasques et les tragédies ici-bas, l’univers, lui, demeure obstinément beau…

Chronique du verbe du 8 mai

« La Lune illuminait la nuit de ses lueurs d’or et ses reflets d’argent. »

Savez-vous que ce vers contient un pléonasme ?
Ah, le pléonasme ! Qui ne se souvient pas de cette figure de style en cours de français, et de ses exemples délicieusement absurdes : « petit nain », « monter en haut » !

Évidemment, me direz-vous ! Si la Lune projette ses « lueurs », elle « illumine », forcément !
Eh bien, permettez-moi de faire la difficile (pour les besoins de la démonstration, hein, pas pour le plaisir de tatillonner – je déteste, moi quand on me reprend sur un détail quand je raisonne ; tout comme je déteste le faire auprès de mes élèves) : en fait, cela tient plus de la lapalissade (l’art d’énoncer une vérité évidente).
Pour qu’il y ait pléonasme, il faut que les mots de sens équivalent soient intimement liés : en clair , qu’ils soient collés (ou presque).

Alors... dans « La Lune illuminait la nuit de ses lueurs (...) » : où est ce fichu pléonasme ?
Caché. Comme une certaine face de l’astre… Niché dans les replis de l’histoire de la langue.
Souvenez-vous de ma #ChroniqueDuVerbe de la semaine dernière… Je vous y montrais que « mois », étymologiquement, signifiait « Lune »…
Ne dit-on pas, d’ailleurs, dans certains contes anciens : « Cela faisait dix Lunes que je vous attendais » ?
Aujourd’hui on dirait plutôt : « Ça fait des lustres que je t’attends ! » (Moins classe.)
Mais… Un lustre : cela illumine, n’est-ce pas ?

Comme dans « illuminait la nuit de ses lueurs (...) ».
« IlLUminer »/« LUeurs »...
« LUnes »/ « LUstres »...

Tous ces mots ont la même racine : ils viennent de « LUx » (LUmière) en latin.
Et plus anciennement de l’indo-européen « leuk » : « être lumineux », « éclairer ».
Je dis bien « TOUS ces mots ». « LUne » y compris.
Eh oui ! La « LUne » signifiait originellement « la brillante »...Celle qui éclaire la nuit.
Notre langue n’apparaît-elle pas plus poétique sous ce jour ?

« La lune illuminait » est donc, étymologiquement... un pléonasme !
(Ce qui est amusant, c’est que « LUnette » puise dans la même origine. Pas parce que la lunette éclaire, mais par dérivation : en tant qu’elle est une petite lune, qu’elle partage avec cette dernière une autre caractéristique physique : sa forme circulaire).

Les mots portent des secrets oubliés. Et ils n’attendent qu’une chose : qu’on vienne les chercher.