Mettre fin à la finance folle !

mercredi 18 septembre 2024

En cause, différentes décisions privant les marchés financiers, toujours aussi voraces, des mirobolants profits attendus. La plus importante a été la décision de la Banque centrale japonaise, le 31 juillet, d’augmenter de 0,25 % ses taux directeurs. Cette hausse a pris de court les marchés financiers spéculatifs, car elle met en cause les fondements du tristement célèbre yen carry trade, un système adopté par le Japon en 1999, suite à une décennie de déflation causée par l’explosion de sa bulle d’actifs en 1990. Le carry trade consiste à emprunter à un taux d’intérêt très faible une monnaie de faible valeur — le yen par exemple — et à investir cet argent dans une monnaie plus forte et mieux rémunérée — comme le dollar — empochant ainsi, après avoir remboursé la dette initiale, de juteux profits.

Le resserrement des courbes à l'origine du krach.
Le resserrement des courbes à l’origine du krach.
LSEG

Depuis 1990, le Japon privilégie un yen faible.

Depuis 1990, le Japon privilégie un yen faible et des taux d’intérêts très faibles, voire négatifs, de façon à accroître l’écart avec le dollar ou d’autres monnaies fortes. Et en raison des hausses de taux adoptées par la Réserve fédérale en 2022 et 2023 pour lutter contre l’inflation, cela a créé un écart maximal entre le yen, emprunté à des taux d’intérêts proches de zéro, et un dollar à un taux de 5,5 % ! Or, la hausse du yen du 31 juillet a eu lieu en même temps que la Réserve fédérale annonçait une baisse de son taux directeur pour septembre, afin de soutenir la croissance, après deux années de taux élevés. Ces deux stratégies ne pouvant conduire qu’à un fort resserrement de l’écart entre les deux taux, cela n’a laissé d’autre choix aux détenteurs de carry trade que de dénouer au plus vite leurs positions, afin de réduire leurs pertes au maximum. C’est en grande partie la cause du « krach » du 5 août.

Pour comprendre l’ampleur de ce phénomène, il faut savoir qu’outre les investisseurs particuliers, ce sont les grands investisseurs institutionnels (Etats, compagnies d’assurance, fonds de pension) et les fonds spéculatifs, qui spéculent sur ces écarts de taux, créant un marché global qui a atteint 4000 milliards de dollars en 2023, selon la banque JP Morgan, et jusqu’à 20 000 milliards selon l’analyste Martine Orange. Voici donc le petit Japon, qui fut, après-guerre, le principal exportateur mondial d’infrastructures modernes, contraint d’appauvrir sa monnaie, et donc son peuple, pour servir de plateforme spéculative afin d’enrichir les classes moyennes et supérieures du reste du monde !

Une économie mondiale boursoufflée par des bulles d’actifs

Si les places boursières ont repris des couleurs depuis, notamment grâce à l’annonce de la Banque du Japon qu’il n’y aurait pas de hausse du yen tant que l’instabilité perdurera sur les marchés, la question qui est sur toutes les lèvres est : pour combien de temps encore ?

Parmi les autres causes invoquées pour le krach du 5 août, on incrimine le gonflement, au-delà de l’imaginable, de nombreuses valeurs boursières, depuis la tech jusqu’au luxe. L’intelligence artificielle a connu des hausses fabuleuses. Exemple Nvidia, la « star des microprocesseurs » dont l’action avait progressé de plus de 600 % en moins d’un an, à partir de janvier 2023, avant de perdre 279 milliards de dollars le 3 septembre !

Est-ce que cela peut durer ? Nous payons aujourd’hui l’incapacité de nos gouvernants à s’attaquer aux causes de la crise financière de 2007. Refusant de s’inspirer de Roosevelt qui, avec son célèbre Glass Steagall Act, a mis en faillite les avoirs spéculatifs et a refinancé l’économie productive, les banques centrales ont préféré sauver tous les titres avec la politique d’assouplissement quantitatif, ouvrant la voie à une économie de bulles d’actifs spéculatifs qui menace toujours de nous conduire à la faillite. ▪