Quand les responsables de l’OHC, qui compte une soixantaine de musiciens amateurs, m’ont demandé en septembre 2024 si ReBelCanto serait partant pour participer à ce projet un peu fou, j’ai immédiatement répondu un grand « oui ». Quel bonheur de chanter ce monument de la musique ! Une œuvre qui était déjà en germe dans l’esprit du jeune Beethoven, mais qu’il achèvera seulement à la fin de sa vie, et dont le point culminant est l’interprétation par quatre solistes et un grand chœur d’une partie de l’Ode à la joie, poème de Friedrich Schiller, célébrant l’humanité, la paix et la fraternité universelle.
Escalader l’Everest… ensemble !
Une partie des choristes n’en connaissait que ce célèbre thème, dont l’Union européenne a fait son hymne (bien qu’elle se montre absolument indigne de l’idéal qu’il exprime). En découvrant l’ensemble de la symphonie, ils ont été impressionnés par sa densité et son ampleur, en particulier ceux d’entre eux qui débutaient le chant ! Il y avait déjà la barrière de la langue : certains ne connaissaient absolument pas l’allemand. Mais aussi, les variations de tempo et de structure rythmique d’une partie à une autre, ainsi que, pour les sopranes en particulier, la difficulté vocale des nombreux passages très aigus.
Pour les musiciens de l’OHC aussi, ce fut « un véritable défi pour un orchestre amateur » comme l’a exprimé leur chef Franck Bodin, qui a dirigé les trois concerts : « La partition exige une maîtrise collective poussée. Il faut comprendre chaque phrase, avoir conscience de l’enchaînement mélodique qui va suivre dans toute cette densité harmonique. Les musiciens doivent faire preuve d’endurance (…) On doit gérer les équilibres délicats entre les pupitres, permettre aux solistes de s’envoler, pousser les dynamiques de l’orchestre à leurs extrêmes et coordonner cet ensemble sublimé par les voix des chœurs et des solistes dans le quatrième mouvement. »
Nous avions, à ReBelCanto, commencé à apprendre l’œuvre dès le printemps 2025. A force de patience et de ténacité, peu à peu, par morceau, la musique a commencé à prendre forme, bien que nous ne puissions qu’imaginer les parties orchestrales. Heureusement, tout n’allait pas reposer sur les cordes vocales de nos 16 choristes : une autre chorale, l’Ensemble vocal des Hauts-de-Seine (EVHS), composé d’une cinquantaine de personnes, était également de la partie, et dans la dernière ligne droite, des membres d’une troisième chorale, Hélios, nous ont rejoints.
Inspiration mutuelle
Lors des premières répétitions avec l’orchestre et ces deux autres chorales, une sorte d’émulation réciproque est née. Beaucoup de choristes se sont dits « portés par l’orchestre », et de nombreux musiciens ont souligné qu’entendre le chœur avait redoublé leur motivation. Sans oublier les excellents chanteurs solistes, qui ont ajouté une dimension de beauté supplémentaire.
Bien qu’étant moins nombreux - ou justement parce que nous sommes habitués à être peu, et donc à devoir soutenir nos voix individuelles - ReBelCanto a apporté un vrai « plus qualitatif » qui a sans doute encouragé les membres des autres chorales à chanter avec plus d’assurance, comme nous l’a confié le chef de chœur de l’EVHS, Jean-Christophe Ronfort.
Les applaudissements enthousiastes (entre les mouvements et même au milieu du quatrième mouvement) du public qui remplissait le gymnase ce dimanche 1er février n’ont pas menti : la musique est passée, y compris auprès des non-initiés. Et enfin, lors du troisième et dernier concert, donné dans une église bondée du XIe arrondissement, m’a été donnée la plus belle récompense possible : les larmes d’un ami, peu familier de concerts « classiques », qui, juste après notre représentation, m’a dit combien il avait été touché.
Alors, si je pouvais m’adresser à tous les Français qui, de plus en plus nombreux, rejoignent des chorales, voici ce que je leur dirais : ne considérez pas le chœur comme une parenthèse permettant d’oublier un moment le monde anxiogène et brutal qui nous entoure. Faites-en plutôt de quoi nourrir l’humanité qui est en vous, faites-en une force intérieure, et ne baissez pas la tête quand, au travail ou ailleurs, on voudra vous soumettre à la loi du plus fort. L’harmonie entre les êtres est une aspiration universelle et quand la musique vient seconder cette quête, alors quelle joie ! <carre|>


