Les écrits de Lyndon LaRouche
Les nations du monde croulent actuellement sous le poids de ce que l’on peut estimer raisonnablement à plus de 100 000 milliards de dollars (en valeur nominale) de produits dérivés et autres instruments financiers fictifs similaires, apparaissant au bilan ou hors-bilan. Cette masse fictive de papier s’effondre aujourd’hui comme un château de cartes sur les institutions financières et monétaires internationales. A moins que cette masse de produits fictifs ne soit rayée dans les plus brefs délais des livres comptables, on assistera à la désintégration totale et chaotique des actifs financiers publics et privés, ainsi que des systèmes monétaires. Aucune catastrophe économique de toute l’histoire moderne ne peut àtre comparée au désastre global qui, à moins qu’on ne l’empêche, frappera le monde entier dans un délai mesurable en semaines plutìt qu’en mois.
Selon les règles du jeu, telles que les perçoit le président de la Réserve fédérale Alan Greenspan, ainsi que d’autres bandits intallés dans les gouvernements et institutions financières, la seule alternative serait une hyperinflation effrénée comme celle qui détruisit la République de Weimar en 1923. Depuis fin 1997, c’est le choix aberrant qu’a fait, en désespoir de cause, le Japon. Les propositions récentes défendues par l’entourage du Premier ministre britannique Blair, ou même les propositions similaires, plus prudentes, de l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, auraient, si l’on tentait de les mettre en pratique, des effets semblables à ceux des mesures prises par le gouvernement japonais Obuchi ou, plus récemment, par Alan Greenspan.
Dans les circonstances actuelles, les tergiversations, parfois baptisées par euphémisme « gestion de crise », peuvent être fatales à l’ensemble des nations qui s’y complaisent. Le temps est passé de continuer à pratiquer une « gestion de crise », ces louvoiements infantiles dont l’exemple le plus récent a été donné cette semaine par Alan Greenspan, tout entier voué à couvrir la situation du fonds d’arbitrage Long Term Capital management (LTCM) avec la duplicité et l’impudence d’un joueur professionnel. Si les « scandales sexuels » survenant dans le beau monde vous choquent, vous devriez dire aux gouvernements de la plupart des pays d’arrêter de se livrer à leur jeu onaniste favori, la « gestion de crise ». En attendant, estimons-nous heureux que le monde ne soit pas plongé dans une guerre généralisée, à l’image de la Deuxième Guerre mondiale, sous le commandement de banquiers et politiciens abrutis qui pratiqueront toujours la « gestion de crise » plutìt que d’affronter la réalité.
Dans ce contexte, il faut souligner que ce qui passe pour des pratiques de « gestion de crise », au sein de nos gouvernements, est le fruit d’un désordre mental que l’on rencontre fréquemment parmi les générations occupant actuellement les postes les plus importants au sein des gouvernements, des banques et autres institutions clés. Le nom de code pour ce genre de désordre mental est « n’y va pas », ou « cela ne peut arriver, car je refuse d’y aller ». Chez les victimes de ce désordre mental, le problème apparaît sous cette forme : « Je n’ai pas besoin de regarder les choses en face. Nous vivons dans ’l’ère de l’information’, nous pouvons donc zapper ». Ou encore, « je n’ai pas besoin de regarder les choses en face. Je peux toujours m’abonner à un journal ou m’affilier à un parti politique qui partage mes illusions favorites. »
Cette maladie mentale, lorsqu’elle s’accompagne de crises de vanité napoléoniennes, peut être identifiée par l’expression que ses victimes utilisent pour la désigner, à savoir « gestion de crise ». C’est un trouble qui, dans les circonstances actuelles, risque fort de condamner les nations dont les gouvernements subissent l’influence des personnes qui en sont atteintes. L’issue fatale, imminente, pourrait intervenir dans les prochaines semaines. Le temps des tergiversations est révolu.
Le moment est venu de donner des directives claires, qui définissent la série d’actions à entreprendre.
Nous utilisons le terme « directive » dans le sens militaire classique, tel qu’il était utilisé dans l’Allemagne de Scharnhorst et de Moltke « l’ancien » ainsi que dans la période de 1792 à 1794, lorsque Carnot commandait les forces militaires françaises. Dans ce cas, les directives sont adressées aux gouvernements des Etats-nations revendiquant leur souveraineté absolue et leur mise en oeuvre (auftragstaktik) est laissée à l’initiative de chaque gouvernement, agissant individuellement ou de concert avec d¹autres. Cette approche, qui permet d’éviter les ergotages stupides à propos d’architectures supranationales compliquées, est la seule qui puisse aboutir, dans le laps de temps disponible et compte tenu de l’évolution rapide des événements.
Les directives générales sont les suivantes :
Les intérêts, les droits et les devoirs souverains, exprimés ou implicites dans les sept points ci-dessus, reflètent le principe d’intérêt national propre à chaque Etat-nation souverain. Les relations internationales servent à faire adopter cette notion d’intérêt national comme règle de bien commun définissant une communauté de principe, comme celle définie par exemple par le secrétaire d’Etat américain John Quincy Adams lorsqu’il élabora la doctrine Monroe en 1823.
La méthode permettant d’établir des parités ajustables entre les devises d’Etats-nations souverains, participant à une communauté de principe nouvellement créée, est la méthode dite du "panier de biens physiques". Cette approche sera encouragée par le rétablissement du système à référence-or entre les nations qui y participent, afin de disposer d’un instrument utile pour gérer la stabilité des prix des devises sur le moyen terme.
Cette directive en huit points devra être considérée comme une référence élémentaire. Toute personne connaissant bien l’histoire moderne, y compris l’histoire économique, n’aura aucun mal à saisir les concepts que cela implique. Sa mise en oeuvre à l’échelle internationale demandera cependant, de la part des hommes d’Etat concernés, une certaine élégance. Diverses considérations devront donc être prises en compte.
Chaque Etat-nation souverain a le droit inaliénable de faire appel à des pouvoirs d’urgence, pouvoirs inhérents au droit dont dispose toute République souveraine d’assurer son existence. Dans le droit constitutionnel américain, ce pouvoir est reconnu et exprimé, explicitement ou implicitement, dans la Déclaration d’Indépendance de 1776 et dans la Préambule de la Constitution fédérale de 1789. « La vie, la liberté, et la poursuite du bonheur » qui apparaît dans la Déclaration d’Indépendance, et le devoir exprimé « envers nous-mêmes et notre postérité » dans la Préambule de la Constitution, sont exemplaires. Ensemble, ces deux affirmations constitutionnelles définissent la portée et l’ampleur des mesures d’urgence qui peuvent être légitimement prises, ainsi que les limites morales dans le cadre desquelles une intervention d’urgence peut àtre définie et mise en oeuvre.
Afin de mettre ces principes en rapport avec l’état d’urgence général qui s’impose actuellement à nous, il faut éclaircir trois considérations principales :
Ces trois considérations peuvent être résumées ainsi :
L’accent sera donc mis sur les directives (auftragstaktik). Nous sommes face à une crise qui exige notre intervention. Ceux d’entre nous qui comprenons comment la crise a été provoquée savent que la cause persistante du désastre tient à ces insanités idéologiques, aujourd’hui répandues sous forme de lois et d’opinions reçues, qui ont été imposées aux gouvernements du monde depuis la mort du Président Kennedy. Nous savons qu’il faut extirper au plus vite ces changements et traiter les effets de ces influences néfastes. Les actions qui doivent être menées peuvent être résumées par un ensemble de directives stratégiques, comme nous venons de le faire ici. Elles seront efficaces si elles sont mises en oeuvre dans le respect des principes que j’ai définis dans ces directives.
Proposer de rassembler un groupe confus et peu recommandable de décideurs, ceux-là mêmes qui, précisément, continuent à promouvoir les politiques responsables de la crise et de son aggravation, ne peut vraiment pas être considéré comme un objectif noble, et encore moins fructueux. Une poignée de gens occupant des postes clés devront prendre les choses en main. Si le président actuel des USA n’assume pas son rôle dirigeant en prenant sans plus tarder les directives nécessaires, la planète sombrera dans un "nouvel âge des ténèbres" d’ici quelques mois, peut-être même quelques semaines.
Les directives générales doivent préciser les actions que les Etats-nations souverains peuvent mener de manière unilatérale. D’abord, il faut fixer des lignes directrices claires, communes et simples pour guider ces actions unilatérales, comme nous venons de le faire ici. C’est un peu comme se jeter dans les canots de sauvetage quand le naufrage est devenu inévitable. Il n’existe aucune autre alternative rationnelle. Il faudra d’abord, de maniäre pragmatique, établir les cours des devises par rapport à la valeur qu’elles avaient avant que ne sévissent, à partir de 1977, les fonds d’arbitrage et leurs collègues en piraterie financière. Il faut ensuite lancer des projets internationaux et des lignes de crédit en faveur de mouvements de capitaux de plus en plus importants, en les orientant systématiquement vers la croissance de l’économie physique : infrastructure économique de base, agriculture, industrie et exportation de moyens de production à haute technologie vers les régions relativement moins developpées. Les méthodes adoptées par l’administration Roosevelt, s’inspirant de celles ayant permis l’expansion économique des Etats-Unis entre 1861 et 1876, constituent une référence acceptable pour le dessein de notre temps. L’exceptionnel succès de la Kreditanstalt für Wiederaufbau en Allemagne, après la guerre, est aussi un excellent modèle.
Les directives générales sont assez claires. Ce qu’il nous faut maintenant, comme l’aurait dit le général Ulysses Grant, c’est appliquer la tactique du « marteau », avec des gens qui pensent et qui agissent face au but, comme le général William Tecumaseh Sherman, ce maître américain de la directive. Quand une guerre éclate, il faut d’abord renvoyer les vieux généraux. Il ne faut jamais leur demander conseil, car ce sont eux qui ont conduit au désastre. Leur « expertise » est inutile et nuisible face à une situation qu’ils n’ont jamais comprise et ne seront jamais en mesure de comprendre.
(1) Locke évoquait, lui, « la vie, la liberté et la propriété » (ndt).